Edito
Pour la dix-septième édition de Futura, nous voilà poursuivant avec exigence et éclectisme notre exploration de la création sonore d'aujourd'hui, à travers nombre d'œuvres acousmatiques et électroniques dont le contenu ou le projet s'articule cette année sur le… corps. A chaque compositeur ou créateur sonore d’imaginer dès lors une relation à celui-ci, une vision, un rapport : corps sensible, corps fragile, corps sociable, corps fermé, en communication avec le monde ou luttant contre lui, corps énergique et délié, corps élastique, plasticité et flexibilité ou bien immobilisme et résistance, corps amoureux, corps blessé, corps démultiplié ou limité, brisé ou recomposé, souffrant ou glorieux, scarifié ou tatoué, obscur ou dévoilé, vierge ou effleuré, nu ou enluminé, corps collectif ou individué, corps en prière, en postures ou en acrobaties, corps naissant, disparu, érotique…
Mille manières d’aborder ce “soi” qui nous rattache au monde incarné, au “réel” qu'il habite autant qu'il en est habité. Mille façons d'envisager ses connexions internes ou externes, intimes ou déployées, furtives ou obsédantes, muettes ou articulées. D'y inclure ou non l'esprit, de l'envisager comme duel ou bien comme union.
Embarqués dans le train sans cesse accéléré des technologies, bardés d'enregistrements, abreuvés de toutes sortes de sources, indifférents ou fanatiques des transformations que facilite l'informatique, les compositeurs de cette édition se seront donc attachés à former chacun un “corps” sonore complexe, reflet ou lueur de leur propre énergie. Et c'est le corps de l’interprète à sa console qui en exprimera encore une fois la présence, en véhiculera les sensations à travers le corps… de chaque auditeur venu curieux à la rencontre de cette aventure.
Vincent Laubeuf, directeur |